Marie Métrailler

Marie Métrailler chez elle, 1978

Développement d’un artisanat local

Marie Métrailler est une tisserande évolénarde connue pour avoir fondé en 1938 un atelier mettant largement en valeur la pratique populaire du tissage et toute la culture liée au travail du fil dans la région. Née en 1901 et décédée en 1979 dans le village d’Évolène, elle évolue dans un contexte où l’autonomie des femmes est quasiment inexistante et l’économie locale repose essentiellement sur la paysannerie. Le savoir-faire du fil et du tissage est alors essentiel à la vie locale puisque, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la confection vestimentaire ainsi que la réalisation des tissus domestiques proviennent de la laine et du chanvre indigènes. La culture autarcique implique la maîtrise de l’ensemble du processus de fabrication des tissus. Le travail du fil va alors du traitement et nettoyage de la laine de mouton à sa transformation en fil grâce au filage, puis à l’élaboration de tissus par le tissage.

En travaillant pour elle-même, puis en sollicitant les femmes du village pour la confection du fil, Marie Métrailler transforme les travaux domestiques en un artisanat local valorisé. Le succès de sa production lui permet d’ouvrir un magasin dans la rue principale du village, puis d’employer près d’une centaine de personnes dans tout le Val d’Hérens. L’argent gagné par ces femmes constitue un revenu supplémentaire pour de nombreuses familles et leur offre un premier pas vers une certaine émancipation. Pendant plus de quarante ans, l’atelier de tissage fonctionne au centre du village d’Evolène. Les touristes de passage y achètent des rideaux, des couvre-lits, des tissus, et Marie Métrailler reçoit aussi de nombreuses commandes, notamment pour des maisons de haute couture, qui lui permettent d’investir dans l’achat de plusieurs métiers à tisser de qualité semi-industrielle. Dans l’atelier s’élaborent également en commun plusieurs pièces du costume traditionnel évolénard : le châle, le tablier, les rubans et les ceintures. L’atelier de tissage de Marie Métrailler participe ainsi à la survivance du costume traditionnel, qu’elle porte quotidiennement, et à sa promotion tant auprès des habitantes de la vallée qu’auprès des touristes de passage.

Une vie aux multiples facettes

A côté de son ingéniosité dans le domaine des affaires, Marie est passionnée de lecture. Bien qu’elle quitte l’école à quinze ans, son caractère autodidacte lui permet de se forger une vaste culture qu’elle partage avec les personnalités de passage dans la vallée. Elle entretiendra notamment une longue amitié avec René Morax et avec le dramaturge François-Alphonse Forel, tout en croisant la route de Fernand Auberjonois ou Rainer Maria Rilke, de passage dans le Val d’Hérens. Elle rencontre aussi Marguerite Yourcenar, qui séjourne quelques temps à Évolène au milieu du siècle. À partir de 1974, l’écrivaine et journaliste Marie-Magdeleine Brumagne réalise une série d’entretiens, qui seront finalement publiés de manière posthume, en 1980, dans un ouvrage ayant pour titre La poudre de sourire. Ce texte extraordinaire connaît un vrai succès, il est édité plusieurs fois dans les trois langues nationales et est encore réédité à ce jour. Parallèlement, Marie-Magdeleine Brumagne réalise un film d’entretien pour l’Association Films Plans-Fixes. Ces témoignages racontent le fonctionnement des traditions et de l’économie très largement autarcique du village d’Évolène au début du 20e siècle.

Marie Métrailler a fortement contribué à la survivance d’une pratique populaire liée au filage et au tissage dans le Val d’Hérens. Dans le contexte d’une profonde transformation du monde paysan et de la disparition d’un mode de vie largement autarcique, elle met en place une structure permettant aux femmes de la vallée de rester automone dans la confection de tissus, participant ainsi à la transmission des savoirs et savoir-faire constitutifs de cette pratique. Le projet de la Fondation atelier de Marie Métrailler s’inscrit dans la continuité de ce parcours et vise, au travers de différentes activités, à pérenniser le développement du travail du fil et du tissage en tant que pratique de la culture populaire.

La couverture de “La Poudre de Sourire” aux Editions Clin d’Oeil,1980

Film de l’Association Plans-Fixes sur Marie Métrailler, 1978